Où passe l’aiguille – Véronique Mougin

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Descriptif

 » Du camp de concentration au sommet de la haute couture française, voici le voyage de Tomi, sa vie miraculeuse, déviée par l’histoire, sauvée par la beauté ».

Mon résumé 

« Où passe l’aiguille » est l’histoire de Thomas (Tomi), le cousin de l’auteure.
Thomas Kiss grandit dans une famille juive à Beregszäsz en Hongrie. Il est le fils aîné de Herman, un des meilleurs tailleurs pour hommes de la ville. Il est élevé par la seconde épouse de son père, la mère de son frère Gabor.
Le jeune garçon a un caractère rebelle. Il refuse de devenir tailleur comme son père. La couture ne l’intéresse pas, il souhaite devenir plombier. Cela crée des tensions avec son père. Perché au sommet d’un arbre, il se révolte contre beaucoup des choses. Il rêve d’aller en Amérique et de prendre ses distances avec une femme qui n’est pas sa mère.
Lorsque les nazis envahissent le pays, les Kiss subissent, comme de nombreuses familles juives, les exactions allemandes : les brimades, les travaux forcés, les saisies de biens et le port d’une étoile jaune.
En 1944, Thomas a 14 ans. Avec sa famille et ses amis, il va être arrêté et enfermé dans un ghetto. Ensuite, il va être déporté vers le camp de concentration d’Auschwitz. Dans ce camp, le jeune garçon se fait passer pour plus vieux que son âge. Ce mensonge lui permet de rester avec son père et quelques proches. Il est séparé de sa mère et de Gabor. Il ne se doute pas que ces derniers vont disparaître dans l’enfer de ce camp d’extermination.
Ensuite, les deux hommes sont transférés au camp de concentration de Buchenwald avant d’être envoyés au camp de Dora-Mittelbau. Herman entre dans un atelier de couture allemand et Thomas, pour sauver sa peau, se voit obligé d’apprendre à coudre. Après l’évacuation du camp vers Bergen-Belsen, les prisonniers sont délivrés par les Russes.
En automne 1945, accompagné de son père, de son ami Hugo et de quelques amis survivants, Thomas retourne en Hongrie. Les deux hommes attendent, en vain, le retour de Gabor et de sa mère. Ils sont les seuls survivants de leur famille.
En 1947, Herman et Thomas décident de fuir une Hongrie dans laquelle ils ne se sentent plus chez eux. Ils retrouvent un pactole caché avant leur arrestation. Avec cet argent, ils vont pouvoir s’acheter des faux papiers et payer des passeurs afin de rejoindre la France. La Ville lumière les accueille et leur réserve des surprises.

Mon avis

Tout d’abord, je tiens à remercier Véronique Mougin pour m’avoir offert ce livre dédicacé : une biographie romancée.
A l’automne de sa vie, Thomas Kiss nous raconte, par l’intermédiaire de l’auteure, sa jeunesse, son adolescence et sa vie d’adulte. Le narrateur s’exprime de façon imagée et dans un langage particulièrement fleuri. Avec son caractère frondeur, il me fait penser à Jean Rezeau, dit Brasse-Bouillon, un personnage du livre « Vipère au poing » (Hervé Bazin). Herman et Thomas ont un trait de caractère commun : la ténacité. En-dehors de cela, tout les oppose. Le père est un homme calme et posé, le fils est retors et dissipé. Cela crée des tensions entre eux.
Ces héros, attachants et sincères, sont plongés dans l’univers concentrationnaire d’Auschwitz, de Buchenwald, de Dora-Mittelbau et de Bergen-Belsen. Ils y subissent la déshumanisation, les sévices, la faim, le manque d’hygiène, le travail forcé et l’omniprésence de la mort.
Dans l’unique but de rester unis et de survivre, Herman et Thomas proposent leurs talents de couturiers aux Allemands. Le premier rejoint un atelier de couture situé en dehors du camp. Le second, afin d’éviter un travail de terrassement, se recommande pour raccommoder les tenues rayées des détenus dans un baraquement chauffé. Le jeune homme, qui a toujours refusé d’apprendre à coudre avec son père, se retrouve au pied du mur. Mais, c’est un rusé doublé d’un audacieux. Il ment à son kapo pour cacher ses incompétences en couture et s’entraine à coudre en cachette.
Si Herman n’a pas réussi à inculquer le maniement de l’aiguille à son fils, l’instinct de survie de Thomas va y parvenir. Le jeune garçon se rend compte que pour survivre dans cet horrible univers carcéral, il faut être débrouillard et chanceux. Le jeune garçon raccommode des vêtements déchirés comme on recoud une plaie. Il impose à sa machine à coudre une cadence infernale pour couvrir les cris des prisonniers assassinés par les SS. Il se protège contre l’anéantissement, résiste et se sauve en sauvant des vêtements.
Cette période sombre révèle également la nature de l’homme dans ce qu’elle a de plus beau et de plus laid. Le jeune Thomas commence l’école de la vie de la pire façon qu’il soit. Heureusement, il trouve, en son ami Hugo, une épaule compatissante pour affronter le monde de adultes. Sans le savoir, il est en train de poser les jalons de sa future existenc : coudre pour donner un sens à sa vie et oublier les souffrances vécues dans les camps de la mort.
Après les affres de cette monstrueuse guerre, la vie parisienne emporte nos deux héros dans un tourbillon effréné. Un vent de renouveau et de liberté souffle sur la capitale. Les couturiers innovent, les codes de la mode féminine sont en pleine révolution. Ils sont aidés par une nuée de petites mains de toutes convictions et de toutes origines.
Herman continue son métier de tailleur pour hommes et Thomas, du haut de ses dix-huit ans, se lance dans la confection pour dames. Ce dernier tente de tourner rapidement la page pour se réinsérer dans la société tout en enfouissant son passé douloureux. Après avoir effectué des formations, le jeune homme s’intègre dans le monde privilégié de la haute couture. Il consacre toute son énergie à sa carrière professionnelle. La création l’aide à rebondir et à évoluer. A Paris, il côtoie les plus grands couturiers. Comme eux, il pare les femmes des plus beaux atours. A force de travail, il réussit une belle carrière dans une maison de couture de renommée et se trouve une compagne. Le monde de la mode lui permet de prendre une revanche sur la vie. Sa trajectoire est fulgurante.
Cependant, Thomas ne donne aucun témoignage de son vécu dans les camps, il se mure dans le silence. Il se réfugiera dans son mutisme durant des décennies. Mais, plus il avance en âge et plus les mauvais souvenirs se font envahissants. Ce n’est que sur le tard qu’il se décide à raconter son histoire afin de déposer un fardeau devenu trop lourd à porter. J’espère qu’il pourra se dégager de l’emprise de son passé et trouver la paix de l’esprit.
Le titre « où passe l’aiguille » est en adéquation avec le récit qui aborde longuement le sujet de la couture. L’aiguille et le fil sont indissociables comme le sont Herman et Thomas. Les deux héros forment un tandem. J’imagine aisément Herman prendre la place de l’aiguille et Thomas, celle du fil. Le premier ouvre la voie, le second suit le mouvement. Tous deux ont traversé les mêmes trames de vie : des périodes très dures suivies de moments plus légers.
Ce livre est fort, émouvant et empli d’espoir. Il nous conte une belle histoire de résilience. L’humour y est présent et bien dosé, il permet de dédramatiser certains évènements.
L’écriture est précise et ouvragée comme un travail d’aiguille. L’auteure trouve les mots justes pour décrire des situations et les caractères de ses personnages. Les descriptions de la vie dans les camps de concentration sont criantes de vérité. Derrière ce livre, se cache un travail considérable de documentation. Cela a permis à l’auteure d’alimenter et de faire vivre le récit tout en respectant la réalité historique.
J’ai pris plaisir à suivre le cheminement de la famille Kiss. J’ai même eu l’impression que l’auteure et le narrateur n’étaient qu’une seule et même personne. Quant au personnage de Thomas, il est résolument moderne. Il trouverait aisément sa place dans notre société.
Je remercie Véronique Mougin pour cette magnifique transmission historique. A l’heure où les nationalismes refont surface, il est bon de nous souvenir des leçons du passé.
 

 

« Photo du livre Où passe l’aiguille de Véronique Mougin  »

 
Titre : Où passe l’aiguille
Auteur : Véronique Mougin
Editeur : Flammarion
Parution : 2018 – Jan 31
Nombre de pages : 453
Genre : Littérature : Biographie romancée
 

 

 

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