L’entrée dans le camp de Buchenwald

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 A notre arrivée, des SS ouvrent les portes coulissantes, libérant des flots d’urine et d’excréments. Armés et accompagnés de chiens, ils hurlent :  
           Sales cochons ! Vous n’êtes pas tous crevés ? Sortez vite !  
Chaque fois qu’un prisonnier saute du train, ils lancent leurs chiens dans sa direction. J’ai vu le chef de station de la gare d’Esneux se faire mordre cruellement : il est mort des suites de ses blessures. Un autre a eu les quatre doigts de la main droite sectionnés par un berger allemand. Les plus chanceux iront à l’infirmerie pour quelques jours ou quelques semaines. Malgré tout, nous essayons d’aider ceux qui sont devenus fous ainsi que les plus affaiblis. Voyant ces derniers errer dans tous les sens, les SS n’hésitent pas à les abattre. Le ton est donné et les maigres espoirs qui se sont immiscés en nous désertent définitivement nos cœurs. Ensuite, on nous oblige à nous mettre par rang de cinq et à courir sur un parcours d’environ 700 mètres. Notre macabre marathon, accompagné de hurlements, de coups et d’aboiements de chiens, atteint une grille en fer forgé où l’on peut lire, écrit à l’envers, «Jedem das Seine» : «A chacun son dû». La porte s’ouvre sur un immense et sinistre camp.
Lors de notre entrée, des SS nous comptent. Durant notre parcours, nous avons perdu 32 camarades. Arrivent ensuite des sous-officiers SS désœuvrés. Ils se ruent sur nous, nous jettent des cailloux et des seaux d’eau glacée. Le chef de camp se présente en dernier lieu. Il nous hurle le règlement en vigueur et nous prodigue ses bons conseils :
En cas de désobéissance, cest la mort assurée. Le travail jusqu’à l’épuisement est préférable à un châtiment.
Après ces mises en garde, nous sommes conduits dans un bâtiment administratif. Nous y remplissons des fiches individuelles concernant notre état civil, notre adresse complète ainsi que celles des membres de notre famille, notre situation militaire, notre appartenance politique ou religieuse, nos qualifications, nos peines subies antérieurement.
J’ai quelques appréhensions à l’idée de donner des informations sur mes proches, mais ces documents doivent être remplis correctement sous peine de châtiment sévère. D’ailleurs, nos identités sont connues de ceux qui nous ont arrêtés. À ces derniers formulaires doivent s’ajouter d’éventuelles pièces judiciaires ainsi que notre photo.

Biographie de Léopold Hansen, mon père.

Il a été surnommé « le Belge » par ses camarades de captivité dans le camp de concentration de Buchenwald.
Extrait : Le Belge   ( Amazon Ebook / papier )
Crédit photo : archives du camp de Buchenwald.
 
 

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