Le Mémorial de Gusen

Le mémorial du camp de concentration de Gusen est situé, en Haute-Autriche, à quelques kilomètres du camp de concentration de Mauthausen.

Le camp de Gusen était un camp satellite du camp de Mauthausen. Sa construction avait débuté en 1940. Au départ, les travaux avaient été réalisés par quelques centaines de prisonniers provenant de Mauthausen. Ces derniers étaient Autrichiens, prêtres, opposants allemands au régime nazi, Polonais, prisonniers de guerre soviétiques, Belges, Tchèques et Juifs.

« Le mémorial du camp de Gusen »
Le mémorial du camp de Gusen photo : les Territoires de la Mémoire
« L’entrée du mémorial du camp de Gusen »
L’entrée du mémorial du camp de Gusen
« La maquette du camp de Gusen »
La maquette du camp de Gusen

En quelques mois, le nouveau camp a atteint 4.000 détenus dont quelques milliers de Républicains espagnols. Cette main d’œuvre, réduite en esclavage et maltraitée, a été mise au travail forcé dans des carrières de granit ou prêtée à diverses entreprises locales. Beaucoup de ces détenus mourront rapidement des suites des mauvais traitements et de la pénibilité du travail. Au vu du grand nombre de décès, des fours crématoires ont été installés dans le camp. Ils ont été mis en activité dès janvier 1941.

« Les fours crématoires du camp de Gusen »
Les fours crématoires du camp de Gusen
« un bâtiment moderne pour les crématoires du camp de Gusen »
Les crématoires se trouvent, à présent, dans un bâtiment moderne
« plaques funéraires dans le crématorium du mémorial Gusen »
De nombreuses plaques funéraires auprès des fours crématoires

A partir de 1944, deux autres camps viendront renforcer le camp de Gusen : Gusen II (Sankt Georgen an der Gusen) et Gusen III (Lungitz). Ces deux nouveaux camps étaient destinés à accueillir des fabriques d’armes (Messer-schmitt et Steyr-Daimler-Puch AG), spécialisées dans la fabrication de fuselages d’avions à réaction.

En plus des lourds travaux dans les carrières, les détenus ont dû creuser des tunnels, dans les collines de Sankt Georgen an der Gusen, avec du matériel peu approprié à ce genre de travail. Ces galeries faisaient partir d’une stratégie appelée « opération Bergkristall ». Cette dernière était destinée à cacher les usines souterraines des regards indiscrets et à les protéger d’éventuels bombardements alliés. Ces conditions épouvantables de travail allaient encore accroître le taux de mortalité dans ces camps.

Sur un nombre total de 60.000 déportés, près de 37.000 sont morts à Gusen. La plupart ont été gazés avec du Zyklon B, dans une chambre à gaz située dans le camp, au château de Hartheim ou dans un camion à gaz faisant la navette entre Mauthausen et Gusen. Les trois camps ont été libérés le 5 mai 1945.

« De nombreuses plaques commémoratives au camp de Gusen »
De nombreuses plaques commémoratives

Peu après la libération, les vestiges du camp commencèrent à disparaître rapidement. En effet, après la guerre, les propriétaires, qui avaient été expropriés, par le régime nazi, pour la construction du camp, récupérèrent leurs biens. Ils s’empressèrent de construire une cité à la place de l’ancien bagne. Ils ont tout de même conservé le « Jourhaus », l’entrée principale du camp. Elle a accueilli les bureaux d’une exploitation de carrières avant de devenir une magnifique villa. Elle est, à présent, la propriété du petit neveu du chef de l’ancien camp !

Le « Jourhaus » – L’entrée principale du camp Gusen I, aux environs de 1941 Photo : Wikipédia
Après le Guerre, l’entrée principale est utilisée par une exploitation de carrières photo : Wikipédia
Le petit neveu de l’ancien chef de camp a transformé l’entrée principale en villa

Heureusement, en 1961, des anciens détenus italiens ont racheté le morceau de terrain sur lequel se trouvaient les vestiges du crématoire et en firent don à la commune. En échange, cette dernière a donné son accord pour la construction d’un mémorial à cet endroit. Le mémorial, construit grâce à de l’argent récolté par différentes amicales de déportés, a été inauguré le 8 mai 1965.

Vue sur les jardins environnants depuis le musée du mémorial photo : Benoît Scarmure
« Un musée dans le mémorial du camp de Gusen »
Une sculpture dans le musée du mémorial de Gusen

Depuis 1997, le ministère de l’intérieur de la république d’Autriche est responsable de la conservation et de la gestion du Mémorial.
Pour les pèlerins de la mémoire, la vue de ces habitations est vraiment choquante. Ces constructions sont autant d’injures aux milliers de détenus morts en ce lieu monstrueux.

«Des maisons très proches du mémorial du camp de Gusen»
Des maisons très proches des limites du mémorial

Après la guerre, contrairement à l’Allemagne, l’Autriche n’a pas été dénazifiée. Suite à son annexion forcée par l’Allemagne lors de l’Anschluss, en 1938, elle s’est posée en « première victime du nazisme ». Depuis lors, elle refuse toute responsabilité dans les entreprises nazies et toute indemnisation des victimes juives.
Pourtant, le 12 mars 1938, jour de l’Anschluss, Hitler est entré en Autriche par Braunau et y a reçu un accueil triomphal. Des foules en délire l’acclamèrent également dans d’autres grandes villes du pays.
Nous ne sommes pas dupes. Derrière son statut de «pauvre victime», l’Autriche cachait une connivence avec le régime hitlérien.

On ne peut donc que féliciter l’intervention des anciens détenus italiens. Sans ce mémorial, il ne resterait plus aucune trace du camp de Gusen.

Nota :

Un des tunnels souterrains de Gusen photo : independent.co.uK

En 2014, près du village de Sankt Georgen an der Gusen, on a découvert un nouveau et vaste réseau secret de tunnels et de bunkers souterrains.
Selon des experts, l’usine souterraine, aménagée pour produire des véhicules de combat et des avions de chasse, devait, en réalité, abriter un centre de recherche destiné à concevoir et fabriquer de nouvelles armes de destruction massives, atomiques et nucléaires. Ces tunnels auraient été creusés par des déportés de Mauthausen.
L’opération « Bergkristall » ne semble pas avoir encore délivré tous ses secrets.

Crédit image : Les Territoires de la Mémoire

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