« La salle des Congrès à Nuremberg  »

Nuremberg, le Centre de Documentation

La Kongresshalle, un bâtiment aux dimensions colossales

Le Documentationzentrum (Dokuzentrum) est un musée incontournable de Nuremberg. Il est installé dans l’aile nord de l’ancienne salle des Congrès (la Kongresshalle), une infrastructure construite sur l’ancien site du congrès du parti nazi, le Reichsparteitagsgelände.

Le Reichsparteitagsgelände, situé au sud de la ville, était un vaste complexe architectural construit par les nazis pour leurs parades et rassemblements annuels. 

Dans cet article, je vous propose de partir à la découverte de la Kongresshalle et de son exposition permanente.

Une infrastructure inventée par Albert Speer

La Kongresshalle, épargnée lors des bombardements alliés de 1945, est le plus grand bâtiment monumental d’architecture national-socialiste. Imaginée par Albert Speer, l’architecte d’Adolf Hitler, elle était le centre des congrès de la NSDAP (Parti national-socialiste des travailleurs allemands) et réunissait 50.000 personnes.

En forme de fer à cheval avec deux bâtiments de tête, la salle des Congrès ressemble de façon étonnante à un théâtre romain. Sa réalisation a débuté en 1935. Elle a été construite en briques rouges et sa façade extérieure, inspirée du Colisée de Rome, est en blocs de granit.

Ses dimensions sont impressionnantes. Elle mesure 250 mètres de diamètre et 39 mètres de hauteur. Hitler était un mégalomane. La Kongresshalle devait, à son achèvement, avoir 70 mètres de hauteur et être recouverte d’un toit de verre. La Seconde Guerre Mondiale stoppera les travaux, laissant les projets pharaoniques du Führer inachevés.

A l’issue de la guerre, le bâtiment a servi d’entrepôt. D’importantes discussions ont eu lieu pour savoir ce qu’il fallait faire de ce lourd fardeau architectural du nazisme. Après maintes réflexions, les autorités de Nuremberg ont décidé de créer un Centre de Documentation du site des Congrès du parti nazi

La Kongresshalle

Un centre d’information

Le Centre de Documentation, inauguré en 2001, a été aménagé dans la salle des Congrès. Il propose une exposition permanente intitulée « Fascination et terreur » 

Une flèche moderne, faite de verre et d’acier, transperce le bâtiment, de part en part, pour tuer symboliquement le lieu.

L’entrée du musée se trouve le long d’une route et face à un lac artificiel. De là, il est nous impossible d’évaluer sa grandeur. Mais une fois à l’intérieur : c’est la stupéfaction.

Le hall d’entrée est vaste, lumineux et la hauteur sous plafond gigantesque. Face à la porte d’entrée, un escalier d’acier mène à l’étage où se déroule l’exposition. Sur la droite, un long comptoir d’accueil et une cafétéria attendent les visiteurs.

Avant de prendre un audioguide avec traduction française, je ne peux m’empêcher de regarder ce hall aux dimensions impressionnantes . Les briques rouges des murs ne semblent pas être de bonne qualité. Elles donnent au lieu une apparence d’usine désaffectée et contrastent avec la belle façade de granit.

La cafétéria de la Kongresshalle crédit photo : inspirock

Arrivée à l’étage, je me suis engagée dans la fameuse flèche. Élément de décoration en façade, elle devient, à l’intérieur, passerelle et fil conducteur de l’exposition. Elle canalise, entre ses parois de verre, les visiteurs vers 19 salles d’exposition présentées de façon chronologique.

Les salles, dépourvues de fenêtres, sont fort sombres. De judicieux éclairages mettent en valeur les documents présentés. Cette ambiance un peu sinistre s’accorde parfaitement avec le thème de l’exposition : la noirceur du national-socialisme. 

Le Centre de Documentation n’est pas un musée au sens strict du terme. Il ne dispose que de peu d’objets d’époque. Il est un centre d’information et utilise l’image sous toutes ses formes pour expliquer l’histoire du nazisme de ses débuts jusque sa fin.

De salle en salle, je découvre l’ascension d’Hitler, la montée du nazisme, le rôle de la ville de Nuremberg durant ce régime, les congrès du parti nazi, le culte de la « race aryenne », les lois de Nuremberg, l’antisémitisme, les déportations et le procès de Nuremberg. 

De nombreuses et grandes photos, pour la plupart inédites, tapissent les murs et mettent l’architecture du lieu en valeur. 

« La propagande vise à imposer une doctrine à tout un peuple… La propagande agit sur l’opinion publique à partir d’une idée et la rend mûre pour la victoire de cette idée. » Extrait de Mein Kampf ( 1926)

Dans un petit local, on peut regarder des films dont un extrait de « Le triomphe de la volonté. » Dans son documentaire de propagande, Leni Riefenstahl filme, lors d’un congrès de Nuremberg, les discours des hauts responsables du parti nazi, les défilés militaires et les parades.

Colorées et attractives, les affiches ont été un des principaux moyens mis en oeuvre par les nazis pour rallier la population allemande à leur cause. 

Beaucoup de photos ont trait aux manifestations et défilés lors des congrès annuels et au culte de la « race aryenne. »

Dès son arrivée au pouvoir en janvier 1933, Hitler a commencé à boycotter les juifs. Il a fait promulguer plusieurs lois : les lois de Nuremberg. Cette législation antijuive allait, au fil du temps, démunir les Juifs de tous leurs droits.

Nuremberg avait une situation géographique centrale, des origines médiévales, un réseau ferroviaire et des espaces disponibles pour accueillir le Reichsparteitage, Grâce à ces atouts, Nuremberg était devenue la ville d’Hitler et la vitrine des congrès du parti nazi

Dans l’album de famille du Parti national-socialiste, on peut voir des photos d’Hitler saluant ses fidèles acolytes.

La presse internationale est représentée. On peut voir ici un exemplaire du journal français L’écho de Paris. Les journaux préparaient l’opinion publique à la dangereuse montée du nazisme. 

On découvre, ça et là et sous nos pieds, quelques menus objets et des reichsmarks. Ils sont encastrés dans la chape de béton du sol et recouverts d’une dalle de verre. 

Dans un long couloir, une voie ferrée reconstituée symbolise les convois de la mort. Les rails ne reposent pas sur du ballast mais sur des morceaux de papiers sur lesquels figurent des noms de déportés. Ce décors est très émouvant.

À la fin de la Seconde Guerre Mondiale, un procès retentissant s’est déroulé à Nuremberg. Les hauts dignitaires nazis ont été jugés pour les atrocités commises pendant le conflit.

Avant de nous ramener vers la sortie, la flèche-passerelle, surplombant le vide, nous permet d’avoir vue panoramique sur la cour intérieure.

En 2008, l’Orchestre symphonique de Nuremberg est venu s’installer dans la partie sud du bâtiment. Durant la saison estivale, la cour est utilisée pour des concerts de plein air

Au vu de la grandeur impressionnante du bâtiment, il m’a fallu prendre plusieurs photos afin de le capturer dans son intégralité.

Mon voyage dans le passé s’achève. En retournant vers la sortie, je jette un dernier regard vers les murs, ces témoins silencieux de tant de mauvais secrets.

Mon avis

J’ai apprécié la visite de ce musée, ses qualités pédagogiques, son agencement, sa muséographie moderne mêlant photos, vidéos et textes. J’ai pu combler mes lacunes quant à l’histoire du parti nazi, du rôle joué par le site des congrès et de l’influence de la propagande. 

Les audio-guides, bien faits, permettent une grande liberté de mouvement et trouvent leur utilité lorsque l’on ne parle pas l’allemand.

Quant à l’architecture nazie, que dire ? Hitler avait la folie des grandeurs, ses infrastructures lui ressemblaient : tout dans la démesure.

Le thème de l’exposition, « fascination et terreur », a été respecté. 
La population allemande a dû être fascinée par la grandeur des édifices et les fastes des parades et défilés se déroulant à Nuremberg, chaque année, durant une semaine. Mais après la fascination est venue la terreur. Hitler a dirigé son peuple d’une main de fer avant de le plonger dans une guerre effroyable.
J’aimerais que ce lieu soit mieux entretenu et sauvegardé afin d’en faire un site de mémoire pour les générations futures.

Crédit image : les Territoires de la Mémoire

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