« Le château de Hartheim en Autriche  »

Le château de Hartheim, un centre d’euthanasie

Le château de Hartheim a été, durant la Seconde Guerre mondiale, un centre d’euthanasie spécialement aménagé pour tuer des handicapés par milliers. Voici sa tragique histoire.

Avant l’accession d’Adolf Hitler au pouvoir, de nombreux scientifiques et hommes politiques allemands sont favorables à l’eugénisme : un concept pseudo-scientifique d’hygiène raciale. 

Dès son arrivée, en 1933, Hitler s’inspire de l’eugénisme américain. Il instaure un ensemble de lois et de décrets qui portent sur des stérilisations contraintes et l’élimination des handicapés.

Photographie de propagande de 1934 avec la légende « ce malade mental coûte annuellement 2 000 marks à l’État » Photo : Domaine public

Les handicapés 

Selon les Nazis, les handicapés mentaux et physiques sont des poids morts dont « la vie ne vaut pas d’être vécue ». Ils estiment que les « inactifs » coûtent cher à la société allemande et qu’ils n’ont donc plus le droit de vivre.

Entre 1939 et 1941, Hitler fait retirer les malades des institutions. Il les envoie dans six centres situés en Allemagne et en Autriche : Bernburg, Brandenburg, Grafeneck, Hadamar, Hartheim, Sonnenstein.

Ces centres, spécialement aménagés, ont pour but de tuer des handicapés par milliers avec du monoxyde de carbone.

« Le château de Hartheim en Autriche  »
Les 6 centres d’extermination

Le château de Hartheim

Le château de Hartheim se situe à Alkoven, près de Linz, en Haute-Autriche. En 1938, il abrite des enfants handicapés physiques et mentaux.

En mars 1940, les SS modifient le bâtiment. Ils installent une chambre à gaz (camoufflée en douche), un four crématoire et un garage en bois, sur l’aile ouest du château.
Tous les espaces, consacrés à la mise à mort et à l’incinération des corps, se trouvent au rez-de-chaussée du château. 

« Un chauffeur nazi devant son bus au château de Hartheim  »
Un chauffeur et son bus Mercedes du centre de mise à mort de Hartheim pour le service de transport des concentrationnaires au château Photo : Auteur inconnu CC-BY-SA-3.0

Des meurtres en série

Les premières personnes euthanasiées sont des handicapés (enfants et adultes) et des pensionnaires de maisons de santé ou de maisons de repos. Elles proviennent d’Autriche, de Bavière et des territoires annexés de la Tchécoslovaquie et de la Yougoslavie.

Les futures victimes arrivent dans des bus entièrement peints en gris. Déchargées dans le garage en bois, à l’abri des regards, elles rentrent dans le bâtiment par une petite porte. Après avoir enlevé leurs effets, rempli une fiche d’admission et subi un examen sommaire, elles prennent le chemin de la chambre à gaz.

Avant l’incinération des corps, les dents en or sont enlevées. Après la crémation, les cendres sont jetées dans le Danube, le Traun ou le jardin. Les objets sans valeur disparaissent dans des fosses creusées près du château.

Pour couvrir leurs méfaits, les SS envoient, aux familles, des faux certificats de décès. Les causes des ces morts sont farfelues.

« Le château de Hartheim en Autriche »
L’emplacement du garage. Les malades rentraient dans le château par une porte située derrière la palissade de droite
Sur une vitre, à l’emplacement du garage, sont gravées les nationalités des victimes Photo : Benoît Scramure

Fin de l’Aktion T4 dans le château de Hartheim

Face à ces nombreuses disparitions de malades, la population et l’Église commencent à s’interroger. Afin de ne pas perdre leur soutien, 24 août 1941, Hitler donne l’ordre d’arrêter l’opération T4.
À cette date, plus de 18 000 personnes ont perdu la vie à Hartheim.

« La salle d’enregistrement du château  »
Dans la salle d’enregistrement, on peut lire les noms des victimes identifiées

L’opération « Sonderbehandlung 14f13 »

Après le mois d’août 1941, les SS utilisent le château pour exterminer les déportés devenus incapables de continuer à travailler.
Ils sont gazés dans le cadre de l’opération baptisée 14f13. Cette opération n’est que la poursuite de L’Aktion T4, d’une façon déguisée.

Cette opération fait 8.000 nouvelles victimes dont près de 5.000 détenus. Ces derniers, provenant des camps de concentration de Mauthausen, Gusen et Dachau, sont amenés à Hartheim sous couvert d’un « congé sanitaire » !

« La chambre à gaz du château  »
La chambre à gaz

Arrêt des opérations

Hartheim cesse ses activités, le 12 décembre 1944. Un ordre de la chancellerie du Führer impose la transformation du château en un immeuble normal d’habitation.

Suite à cet ordre, vingt prisonniers, provenant du camp de Mauthausen, détruisent les installations techniques et rétablissent le bâtiment comme à son origine.

Parmi eux, deux déportés espagnols réussissent à cacher des documents, dans un mur, pour laisser une preuve des actes commis là.

Après la guerre, ils révèlent l’endroit où sont cachés ces documents. Sans ces deux hommes, l’histoire du lieu aurait été oubliée à jamais et, avec elle, la mémoire des victimes.

« Le château de Hartheim en Autriche  »
La cour intérieure du château de Hartheim

À la libération, les Américains découvrent un rapport des activités compromettantes de Hartheim qui permet de faire condamner les responsables.

En tout, au moins 30.000 personnes ont été assassinées à Hartheim. Les pratiques eugéniques nazies, poussées à l’extrême, ont mené à de sordide crimes contre l’humanité.

Le château de Hartheim : un Mémorial

Aujourd’hui, le rez-de-chaussée du château est devenu un mémorial.
À l’extérieur, le long du mur, côté Est, un sarcophage regroupe des restes humains retrouvés dans le jardin.
Les objets personnels découverts sont exposés dans la salle d’enregistrement et dans des salles de documention.

« Le château de Hartheim en Autriche  »
Lieu d’instruction et de mémoire du château de Hartheim
« Des plaques commémoratives sur les façades du château »
Des plaques commémoratives sur les façades extérieures
« Le château de Hartheim en Autriche  »
Des plaques commémoratives dans la cour intérieure du château

La visite

Le porche d’entrée ouvre sur une cour carrée à arcades surmontée de trois étages à balustrades. Le bâtiment a été magnifiquement rénové. Un peu trop à mon goût ! Il est choquant d’entrer dans une aussi belle bâtisse dans laquelle autant d’atrocités ont été commises.

Dans ce lieu de mémoire, il ne reste que peu de choses : quelques objets personnels, des cendres, des ossements et des photos des victimes identifiées.

« Des objets ayant appartenu aux prisonniers  »
Des objets ayant appartenu aux prisonniers

Sur le sol, un tracé lumineux indique le chemin emprunté par les malades jusqu’à la salle d’enregistrement. Ce chemin continue, à l’extérieur, jusqu’à la chambre à gaz et au crématorium.

Par mesure de respect pour les décédés, on ne peut pas marcher sur ce tracé. On doit emprunter une passerelle qui surplombe les lieux d’extermination.

Le château de Hartheim est un lieu émouvant et empli de tristesse. Au sortir de cette pénible visite, on ne peut se poser qu’une seule question : comment a-t-on pu en arriver là ?

Pour plus de renseignements, vous pouvez consulter le site web du Mémorial.

D’autres articles sur l’Autriche

> Le camp de concentration de Mauthausen

> Le Mémorial de Gusen

Voyage annuel 2019

8 Replies to “Le château de Hartheim, un centre d’euthanasie”

  1. Bonjour.

    Merci pour ce blog et ses nombreuses visites mémorielles virtuelles.

    J’ai été heureux d’y trouver quelques miennes photos, je suis content qu’elles voyagent et servent le Devoir de Mémoire.

    Merci.

    Benoît

    1. Bonjour Benoît,

      Merci pour le commentaire. Je suis en train de mettre mes articles en ordre.
      J’ai pensé à vous tout à l’heure en regardant vos photos.
      J’ai fait ce blog pour mettre la mémoire à l’honneur. J’ai fait paraitre aussi mes balades.
      Au fait, comment avez-vous Fait pour trouvez le blog?

  2. … comment je l’ai trouvé ? Par hasard, j’ai fait une recherche sur mon nom via google pour voir quelles traces je laissais sur internet … et voilà, en page deux des résultats …

  3. J’ai entendu parler du château de Hartheim dans un documentaire. Le commandant SS qui dirigeait ce château a fait assassiner sa nièce, une petite fille, car elle était handicapée mentale. C’est impensable et incompréhensible.

  4. Oui et dans le film «  Amen », on voit des petits enfants condamnés à être gazés. Je pense que cette séquence se rapporte au Château de Hartheim.

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